sábado, 28 de febrero de 2009

À qui la faute?

" Tu viens d'incendier la Bibliothèque?


- Oui j'ai mis le feu là.


- Mais c'est un crime inoui,
Crime commis par toi contre toi-même infâme!
Mais tu viens de tuer le rayon de ton âme!
C'est ton propre flambeau que tu viens de souffler!
Ce que ta rage impie et folle ose brûler,
C'est ton bien, ton trésor, ta dot, ton héritage!
Le livre, hostile au maître, est a ton avantage
Le livre a toujours pris fait et cause pour toi.
Une bibliothèque est un acte de foi
Des générations ténébreuses encore
Qui rendent dans la nuit témoignage à l'aurore.
Quoi! dans ce vénérable amas de vérités,
Dans ces chef-d'oeuvre pleins de foudre et de clartés,
Dans ce tombeau des temps devenu répertoire,
Dans les siècles, dans l'homme antique, dans l'histoire,
Dans le passé, lecon qu'épelle l'avenir,
Dans ce qui commenca pour ne jamais finir,
Dans les poëtes! quoi, dans ce gouffre de bibles,
Dans le divin morceau des Eschyles terribles,
Des Homères, des Jobs, debout sur l'horizon,
Dans Molière, Voltaire et Kant, dans la raison,
Tu jettes, misérable, une torche enflammée!
De tout l'esprit humain tu fais de la fumée!
As-tu donc oublié que ton libérateur,
C'est le livre? le livre est là sur la hauteur;
Il luit ; parce qu'il brille et qu'il les illumine,
Il détruit l'échafaud, la guerre, la famine;
Il parle ; plus d'esclave et plus de paria.
Ouvre un livre. Platon, Milton, Beccaria.
Lis ces prophète, Dante, ou Shakespeare, ou Corneille ;
L'âme immense qu'ils ont en eux, en toi s'éveille;
Ebloui, tu te sens le même homme qu'eux tous;
Tu deviens en lisant grave pensif et doux;
Tu sens dans ton esprit tous ces grands hommes croître;
Ils t'enseignent ainsi que l'aube éclaire un cloître;
À mesure qu'il plonge en tout coeur plus avant,
Leur chaud rayon t'apaise et te fait plus vivant;
Ton âme interrogée est prête à leur répondre;
Tu te reconnais bon, puis meilleur; tu sens fondre
Comme la neige au feu, ton orgueil, tes fureurs,
Le mal, les préjugés, les rois, les empereurs!
Car la science en l'homme arrive la première.
Puis vient la liberté. Toute cette lumière,
C'est à toi, comprends donc, et c'est toi qui l'éteins!
Les buts rêvés par toi sont dans les livres atteints.
Le livre en ta pensée entre, il défait en elle
Les liens que l'erreur à la vérité mêle,
Car toute conscience est un noeud gordien.
Il est ton médecin, ton guide, ton gardien.
Ta haine, il la guérit; ta démence, il te l'ôte.
Voilà ce que tu perds, hélas, et par ta faute!
Le livre est ta richesse à toi! c'est le savoir,
Le droit, la vérité, la vertu, le devoir,
Le progrès, la raison dissipant tout délire.
Et tu détruis cela, toi!

- Je ne sais pas lire."

Juin 1871 - L'Année terrible - Victor Hugo

viernes, 27 de febrero de 2009

"Pauvre Malraux!" : cinquante ans après, la France a-t-elle encore un ministère de la Culture?

"Il faut bien admettre qu'un jour on aura fait pour la culture ce que Jules Ferry a fait pour l'éducation: la culture sera gratuite.

Le monde moderne, le monde de la génération qui nous succédera, sera dans l'obligation de faire pour la culture ce qui a été fait pour l'instruction primaire."

André Malraux, ministre des Affaires culturelles, 9 novembre 1967, intervention à la chambre des députés.

Vaillante utopie que celle du fondateur, il y a juste un demi-siècle, du Ministère de la Culture. La démocratisation et le "développement culturel" sont devenus désormais le mot d'ordre des institutions. Et bien, peut-on encore depuis le 2 février parler d'institutions culturelles? De politiques culturelles? Ou bien de Ministère de la Culture?

En effet, le 2 février 2009 restera dans les annales comme le début du déclin de la culture francaise. Ce jour, sans doute froid, du mois en cours a vu l'installation du flambant Conseil de la Création Artistique.

Le susdit Conseil ne contient actuellement que trois membres, les deux présidents et un animateur, à savoir Nicolas Sarkozy ci-devant Président de la République , Christine Albanel ministre de la Culture et de la Communication et M. Marin Karmitz respectivement. Cet organisme est selon le chef de l'Etat "un laboratoire de recherche, une boîte à idées. Il va écouter les créateurs, faire un bilan dans tous les secteurs de la création".


Ingénieux Conseil pour la Création Artistique! Manque-t-on tant que celà d'idées au Ministère de la Culture pour l'assister d'un "laboratoire de recherche" qui plus est sera "la réponse de la France à la crise économique". Malheureuse France avec des institutions tellement défaillantes face à l'insurmontable crise économique, qu'il faille leur créer des béquilles institutionnelles! Mais, ne nous méprennons pas sur ce nouvel organisme, le Président de la République dans son message est assez explicite: "Je crois fondamentalement à la capacité de l’Etat à impulser un changement de culture, pour apprendre à mieux soutenir le processus de création".


En effet, le Conseil de la Création Artistique n'est pas une "béquille" d'un ministère grabataire, mais son successeur pur et simple. Le projet de suppression d'un des ministères les plus significatifs de la France est née avec le ministère lui-même, quand le ministre des Finances de l'époque, M. Valéry Giscard d'Estaing mettait son véto pour cause du coût de cette nouvelle branche de l'Etat.

Entendons nous bien, depuis 2007 la volonté des réformateurs à outrance qui soutiennent que le monde, qu'il soit en crise économique ou pas, n'a pas besoin d'une culture et d'une éducation institutionnelles fortes est de les voir se désagréger afin d'avoir plus de fonds pour d'obscures spéculations politiques et tirer du sacrifice des valeurs fondamentales de la civilisation, la maigre libation de l'ordre et du progrès couronnées par la bonne image de la BCE et du FMI.

La qualité des politiques culturelles d'un Etat, contrairement à ce que l'on semble soutenir de nos jours, est un facteur révélateur de sa santé économique, de la tolérance et de la liberté de ses institutions et de l'avenir de son discours. La culture n'est pas un vulgaire "fourre tout" comme ce fut le cas dans les années 1980 avec M. Lang, mais ce n'est pas non plus un désert qui n'a que quelques mirages protocolaires et démagogues qui dénaturent son message et par là, l'identité pérenne des générations.

Depuis la création véritable d'un ministère indépendant en 1959 pour les Affaires culturelles, il y eut une volonté stricto sensu de laisser une autonomie significative dans la recherche des approches et les choix culturels dignes de l'intérêt de l'Etat et du peuple. Cependant 50 ans après, la présidence, conjointe, pour ne pas oser la présidence totale, du chef de l'Etat pose le problème de l'existence effective du ministère et l'avenir de ses directives.

Si la ministre et le Président de la République consultent directement les producteurs et quelques artistes sur les politiques culturelles à mener au sein du Conseil de la Création Artistique, le ministère serait alors la coquille vide qui ne se chargerait que d'expédier les affaires dans l'attente, sans doute courte, de sa propre disparition pure et simple.

La plus grande qualité des chefs de l'Etat dans l'histoire de France, à l'exception de ses monarques et ses empereurs, fut de laisser aux ministres compétents de se charger de l'administration des affaires du pays. La constitution de cette nouvelle instance culturelle serait alors l'aveu de l'échec de Mme Albanel?

Peut-être que, tout simplement, l'économie a pris le pas sur la culture. L'on évoque bien volontiers les cours de tel ou tel marché plutôt que la saison des théâtres parisiens et de province ou bien les dernières parutions littéraires. Serait-on complètement obnubilés par des données mathématiques au détriment de l'avenir de notre civilisation et de l'humanité que les fruits de l'esprit caractérise?

Notre temps, contrairement à ce que certains jocrisses veulent nous faire croire, n'est pas un désert culturel. La création de qualité continue de se poursuivre et certains Etats comme l'Espagne, le Portugal, le Royaume Uni, le Vénezuela ou l'Inde, malgré la "crise" prétexte, ont des politiques culturelles efficaces. La France, siège du Musée du Louvre, patrie de Victor Hugo, d'André Malraux, de Michel de Montaigne et d'autres Georges Bizet et Henri Matisse semble stagner, et, pire, être totalement indifférente à la gravité de sa situation culturelle.

La politique culturelle devient de plus en plus illisible au niveau national, les régions voire les départements sont bien plus actifs dans la matière que l'Etat. Finalement, après la constitution d'un Conseil à la Création Artistique, l'Etat se retirera définitivement de la scène culturelle et laissera alors aux collectivités le soin de la politique culturelle. Ou bien il ne montrera que ce qu'il a envie de montrer et se contentera de grands projets qui seront évidés de toute identité nationale car non accessibles et non démocratiques.

Si les responsables des politiques culturelles avaient véritablement le souci de la portée et de l'accès à la culture du plus grand nombre ils renouvelleraient l'Enquête sur les pratiques culturelles en France (la dernière date de 1997). Mais du site internet au réclames de l'hypermarché le message est clair: vous n'avez pas le temps et encore moins l'argent pour vous cultiver, pensez à la crise en priorité.

La culture donne un avenir et la préserver signifie asseoir les valeurs fondamentales de la République: Liberté, Egalité et Fraternité. Perdre le passé lointain des grottes de Lascaux, dénaturer le Palais de Versailles, prostituer les trésors des musées nationaux dans les harems du pétrôle des magnats des Emirats Arabes Unis, constitue une atteinte bien plus profonde à la France que la crise financière qui n'empêche pas l'achat des cadeaux de Noël ou le départ en vacances.

On oublie souvent que cette démocratisation culturelle qui pour certains est un mythe, fut la base de l'institution culturelle elle-même. André Malraux, Jacques Duhamel et même le général De Gaulle avaient compris qu'il ne suffisait pas de baser la démocratie sur les suffrages, mais de la rendre réelle pour les citoyens en créant un service public et surtout en mettant en oeuvre l'accès de tous à la culture, ce qui permettait de soutenir une création préalablement acceptée et reconnue par l'ensemble de la population.

Finalement, avons nous oublié les paroles prophétiques de Malraux, ou nous sommes nous soumis à la société deshumanisée des machines et des chiffres que Jacques Duhamel contrait avec l'affermissement du Ministère aux Affaires culturelles, et qu'un siècle avant lui Jules Verne avait décrit dans Paris au XXème siècle?